
CREATION 2005
La Danse est un domaine particulier qui permet de réaliser les drames psychologiques.
Une possibilité de pénétrer l'inconscient.
Chaque nouveau spectacle est une recherche de l'inconnu.
Anna Karenine m'a toujours intéressé. Lorsqu'on lit Tolstoï, on
sent la maîtrise extraordinaire de l'auteur pour connaître le monde
psychologique de ses héros. Une précision et une sensibilité étonnantes
qui reflètent aussi la vie de la Russie.
Dans le roman Anna Karenine on trouve, non seulement, l'étude
profonde du monde psychologique de son héroïne, mais une véritable
révélation psycho-érotique de sa personnalité.
Même en lisant la littérature d'aujourd'hui, l'on ne trouverait pas de
telles passions, de telles métamorphoses ou fantasmagories.
Tout cela est devenu le sens de mes réflexions chorégraphiques.
Le rythme tranquille de la famille Karenine (fonctionnaire d'état,
respect rigoureux des conventions sociales) laisse transparaître une
illusion d'harmonie et de paix.
La passion d'Anna pour Vronsky détruisit et bouleversa leur vie
habituelle.
La sincérité des sentiments des deux amants était rejetée, et faisait
peur par son authenticité. L'hypocrisie de Karenine convenait à tout le
monde sauf à Anna. Elle a préféré l'amour passion qui l'absorbait toute
entière, au devoir de mère envers son fils. Elle s'est condamnée à une
vie d'exclue. Il n'y avait plus de moment heureux, ni dans les voyages,
ni au sein de son riche domaine familial, ni dans les plaisirs de la
vie sociale.
Je comprends telle femme, qui devient dépendante d'un homme. Cette dépendance comme toute autre maladie est une souffrance.
Anna a mis fin à ses jours, afin de se libérer, et abréger sa vie effroyable et pleine de souffrances.
Pour moi, Anna est un caméléon puisqu'il y avait deux êtres en elle.
Extérieurement - une femme du monde, parue comme telle à son mari, à
son fils, et à la société. Une autre - une femme, plongée dans le monde
des passions. Qu'est-ce qui est le plus important? Préserver une
illusion acceptée de tous dans l'harmonie, le devoir, et les sentiments
familiaux, ou, se soumettre à une authentique passion?... Avons nous
droit de briser la famille? De priver l'enfant de la protection
maternelle, pour la folie de la chair?...
De telles questions ne laissaient pas tranquille Tolstoï dans le passé,
nous ne pouvons pas non plus nous en échapper aujourd'hui.
Il n'y a pas de réponses !
Il n'y a que la soif inassouvie d'être compris, aussi bien dans la vie que dans la mort.
Boris Eifman